Il avait soixante-quatre ans. Il était fier, inventif, chaleureux, désintéressé, combatif, doux, généreux et savait aussi naturellement que les enfants tisser des liens profonds et durables.

Son génie créatif n’avait d’égal que son incessante activité. Sa passion était indissociable de son sens du partage. Il ne vivait jamais pour lui seul. Rien ne semblait devoir arrêter son énergie toujours en mouvement.

L’ami Bahram vient de nous quitter dans des circonstances dramatiques. En conflit ouvert depuis plusieurs années avec son employeur, la Réunion des Musées Nationaux, où il était entré en 1989 comme maître ouvrier mouleur statuaire au sein de l’atelier de moulage, il a mis fin à ses jours, par cet après-midi glacial du 23 janvier 2006, au siège de la RMN, 49 rue Etienne Marcel, à Paris. Epuisé par des trahisons et par le silence assourdissant de la direction refusant d’entendre ses droits, il n’aura pas eu la force d’attendre les conclusions de l’instance aux Prud’hommes qu’il avait lancée en 2001 et qui est toujours en cours.

Artiste talentueux et exigeant au service de la culture et de la préservation des œuvres d’art, il est l’auteur de plusieurs inventions. Deux d’entre elles ont remporté les deux plus hautes distinctions du Salon international des Inventions de Genève, en 1999 : la médaille d’Or lui a été décernée pour un « puzzle tridimensionnel à cohésion magnétique » et la médaille d’Argent pour une « bande de moulage ».

Si notre cher ami a disparu, l’artiste nous a laissé son œuvre… et un grand désir de donner à celle-ci une seconde naissance.

Du vivant de Bahram, chacun de nous était un électron libre à la poursuite de sa destinée. Cet homme intègre, par-delà la mort, nous a rassemblés autour de lui, telles les pièces d’un puzzle. L’association Les Amis de Bahram, qui a vu le jour le 9 février 2006, est le ciment d’une nouvelle œuvre dont il continue d’être l’aimant.